Direction Le Labfab !

Lancement du labfab de Rennes : une semaine bien remplie :-)

Début du montage de l'imprimante 3D

Nous y voilà. Le défi était de taille. Investir les locaux situés dans l’Ecole Européenne Supérieure d’Arts de Bretagne à Rennes, assurer les ateliers gratuits, assembler nous-même en nous relayant une imprimante 3D alors que nous ne l’avions jamais fait, faire se rencontrer étudiants de cursus différents, habitants, amateurs éclairés et curieux, et surtout, faire émerger un esprit “labfab”, c’est à dire une envie commune de “faire” ensemble, de fabriquer, de créer.

Direction le labfab !

Après une semaine trépidante, le bilan est inespéré. 60 personnes ont participé aux ateliers d’initiation à l’électronique libre. Les initiations à l’électricité de Yohann”Dub Halley” (incroyable mélange de spectacle et de pédagogie) ont beaucoup de succès, et surtout, de très nombreux liens  sont tissés autour de projets remarquables par leur diversité.

Lundi matin, @aristofor, de l’association Bug, présente la totalité des composants électroniques et des capteurs mis à disposition par la ville de Rennes et l’association, tandis qu’un groupe déballe les pièces de l’imprimante 3D venue de New-York et installe des ordinateurs afin de pouvoir comprendre le mode d’emploi . Chacun fait connaissance avec les autres autour des petits emballages de matériel. Les questions fusent. On comprend vite que le carburant essentiel du projet, l’enthousiasme, est disponible à profusion. Pas de tables pour les ateliers ? Pas de problème, on peut loger à 30 en assemblant deux tables de ping pong côté à côte. Pas d’écran ? Et alors ? Il y a un mur blanc. Pas de mobilier de rangement ? Parlons-en aux profs de design et aux personnes de l’atelier menuiserie de l’école. Jamais assemblé d’imprimante 3D ? Le mode d’emploi est en ligne et on est là pour apprendre.

Atelier "electricitié pour les nuls", par Yohann Dub Halley

La visite de curieux et d’une partie de l’équipe de la cantine numérique rennaise le lundi midi se fait dans la bonne humeur. On installe de quoi se connecter à internet et à 14h00, c’est parti avec une vingtaine de personnes pour un atelier d’initiation à Arduino. Prévu pour une durée d’une heure trente, celui-ci se prolongera puisque la moitié des participants resteront sur leurs prototypes jusqu’à la fermeture des locaux à 17h30 ! Une première liaison en visioconférence permet de joindre nos partenaires de Dakar, Jokkolabs.

Baptiste Gaultier à l'oeuvre (atelier Arduino)

Mardi, le chantier de l’imprimante 3D avance à grands pas. A vrai dire, à part Mathieu et Valentin (responsables de l’espace pour l’école des Beaux-arts) , on ne sait plus trop qui fait partie de l’équipe de montage. Dweez et Laurent de Bug, Laurent Flamand de la région Bretagne, Laurent M., amateur passionné, Arnaud, de l’université de Rennes 2 ? Les consignes sont passées avec fluidité, et tout le monde sait vous dire exactement à quelle étape on se trouve. Le montage lui-même est une aventure : peu importe de mettre plusieurs jours. En étant obligé de résoudre ensemble des problèmes entièrement nouveaux, un véritable esprit d’équipe se forge, car tout le monde en est à sa “première fois”.

On court dans tous les sens pour trouver un fer à repasser et une imprimante permettant à chacun de se fabriquer son t-shirt “labfab” (ce sera le seul échec de la semaine 🙂 ). Les étudiants bombardent l’équipe de questions (“mon projet demande qu’on puisse faire vibrer des téléphones mobiles”,”comment changer la couleur d’un tissu ? “, “je voudrai interagir avec une façade de batiment…”).

Un élément de la banque de capteurs disponibles au labfab

Mercredi, on ne voit pas la journée passer. L’atelier arduino de midi est bondé, les étudiants participent avec des visiteurs de tous  âges (parfois accompagnés de leurs enfants), avant l’enchaînement sur le cours d’électricité pour débutant animé par un bénévole (professeur de métier), Yohann “Dub Halley”. Un vrai spectacle que ce cours autant mimé que transmis, où des bras de fer prof-élève illustrent des concepts comme le potentiel électrique. Pendant ce temps d’étranges binômes se forment, comme celui de Laurent M. et de Bérangère, assis côte à côté avec un étrange bac en plastique dans lequel pendent des capteurs. Ils ont tous les deux besoin de “capturer” la qualité de l’environnement, et passeront trois jours à développer les briques techniques nécessaires à leurs deux projets.  Souvent, la parole des visiteurs fait découvrir des trésors.  André, par exemple, est un électricien en retraite. Il termine chez lui une CNC, c’est à dire une machine à découpe à commande numérique réalisée avec des matériaux de récupération. La CNC est un des fleurons des fablabs américains  : nous n’avons pas les moyens de nous en procurer une. Qu’à cela ne tienne ! André propose d’animer tous les lundis un groupe CNC pour fabriquer celle du labfab !

Laurent M. et André "CNC" autour de l'imprimante 3D

Jeudi, rien n’est inscrit au programme : on a prévu de se concentrer sur la fin du montage de l’imprimante 3D. Mais étudiants et visiteurs, sans doute guidés par le bouche à oreille, arrivent en nombre. Face à la demande générale, j’anime un nouvel atelier arduino, et de nouvelles rencontres improbables se tissent. Une maman ayant participé à l’initiation du mercredi est revenue avec ses filles. Deux retraités “venus voir ce qui se passent” révèlent chacun leurs projets : l’un souhaite fabriquer un scanner 3D, tandis que l’autre a besoin de piloter très finement le déplacement d’un appareil photographique relié à un ordinateur. Pourquoi ? Pour ses amis archéologues travaillant sur un site marocain classé au patrimoine mondial et exhumant des fossiles très rares à partager numériquement avec des musées du monde entier. Etc, etc.

La théorie de l'évolution revue à l'imprimante 3D : essais un à trois.

Le jeudi soir, l’imprimante 3D est assemblée depuis la veille, mais  le paramétrage des logiciels demandera toute la journée. Enfin, après deux essais infructueux, nous partagerons un moment rare autour d’un simple cube… mais quel cube ! Le premier objet imprimé par le labfab de Rennes !

L'imprimante 3D du labfab vue par Laurent Flamand.

Vendredi, tri des composants, rangement de l’atelier principal et réunion de bilan. Pendant que Richard Delogu parle en visioconférence avec Monique Chartrand de Communautique (Montréal), on trie le matériel.  Nous avons la visite de la wikiradio Neweez qui organise des duplex inter-continentaux et nous proposera un partenariat pour organiser des émissions avec nos amis africains et canadiens. Quelle semaine ! Trop de projets ont été découverts :il faut les publier, avoir un outil de réseautage social, de partage des vidéos et photos en ligne, de publication de la documentation, arrêter les horaires pour le grand-public, préparer l’arrivée prochaine du mobilier, fixer des temps forts. La réunion  de point se fait le vendredi après-midi. Un groupe flickr est créé, un débat autour de la propriété intellectuelle lancé, un glossaire francophone initié, et les jours qui viennent vont voir naître plusieurs supports permettant de développer les projets dans et autour du Labfab.

Gageons que l’aventure ne fait que commencer : rendez-vous sur ce site pour l’annonce des horaires, informations pratiques et prochains temps forts.

Hugues Aubin