Bombes à Graines

Le Labfab désormais fablab étendu sur les quartiers de Rennes

Arbre réseau fractalUn arbre : une structure de réseau fractal.

Vendredi 14 février fut un grand jour pour la ville de Rennes, les animateurs des pôles multimédia, le Labfab et l’association Bug, avec le lancement du Labfab étendu.

12 quartiers sont concernés, le Labfab/EESAB (Beaux-arts) restant ouvert en centre ville.

Voir le communiqué de presse.

Un fablab centralisé vs un fablab étendu

Il y a deux ans nous avions lu avec attention le descriptif du projet Fab City imaginé par le Fablab de Barcelone et dont nous saluons la veine. Mais à notre habitude, nous avons d’abord travaillé ici pour voir si la fabrication numérique fonctionnait à Rennes, avant de pousser plus avant. En nous appuyant sur les ressources locales existantes, pour faire “à la rennaise”.

Ce projet que nous appelons le Labfab étendu consiste non pas à créer un lieu unique concentrant les moyens nécessaires pour développer un fablab d’excellence, mais à infuser en réseau, exactement comme des sachets de thé, dans le territoire.

Il va s’agir de former le maximum de personnes en situation de transmission de savoirs et de médiation. Qu’il s’agisse d’enseignants, de médiateurs travaillant avec des publics,ou d’entreprises ayant à former leurs salariés, nous avons pu mesurer l’intérêt de ces prescripteurs forts pour les briques de base de la fabrication numérique, mais aussi leur capacité à adapter ces solutions techniques à leurs problématiques. Ce processus est assez similaire à celui qui se produit chez une personne utilisant l’impression 3D pour régler ses propres problèmes. Notre tactique n’est donc pas de thématiser les “points de contacts” mais de jouer ce que l’on pourrait appeler la coloration par l’appropriation.

L’idée est de changer d’échelle, ce qui peut facilement se résumer dans la matrice suivante :

Un fablab :

– Un lieu ressource
– Former des personnes et des salariés
– Développer des solutions et objets itérables
– Explorer de nouveaux modèles économiques, notamment liés à l’open source
– Contribuer à l’intelligence collective par le versement de briques en écosystème ouvert (codes, plans…)
– Développer les usages des outils et briques de fabrication numérique pour ses publics

Un fablab étendu :

– Non pas un lieu mais un réseau de lieux
– Former des formateurs
– Développer des plateformes de création, partage, et transformation des objets en valeur (pour soi, pour créer une activité, pour résoudre des problèmes). Par exemple des wikis, catalogues et services en ligne utilisables de manière décentralisée.
– Explorer de nouveaux modèles économiques avec tous les acteurs locaux intéressés
– Contribuer à l’intelligence collective par la contribution, le versement en open-source et  des supports de formation et des briques méthodologiques, des solutions techniques et d’usage découvertes
– Développer les usages des outils et briques de fabrication numérique avec les organismes publics et privés situés sur le territoire ou non.

L’hybridation des méthodes et outils des Pôles Multimédia permet de tenter un bond en avant vers un partage des méthodes de la fabrication numérique avec le plus grand nombre. Même si la dimension sociale, intergénérationnelle et inclusive des outils de fabrication numérique s’est démontrée sur le terrain, c’est une aventure pour les protagonistes : la ville, les animateurs, l’association Bug, et les habitants qui s’impliqueront 🙂

Profitons-en pour répondre aux questions qui nous ont été posées sur Twitter :

Où sont les espaces qui vont être équipés :

Il s’agit pour le moment de la MJC Bréquigny, du Cercle Paul Bert Ginguené, de l’association la Tour d’Auvergne, du Crij Bretagne, de la Maison de quartier de Villejean, de la Maison des squares, de l’association Les Trois maisons, de la Maison de quartier La Touche, de la MJC Grand Cordel. La carte des pôles multimédias rennais est sur wiki Rennes.

A cela s’ajoutent d’autres espaces partenaires mais dans des lieux non ouverts au grand-public comme le Téléfab Rennes (Télécom Bretagne), le Labfab junior du mercredi au Lycée technique de Cesson, et prochainement la salle BO16 du cursus Arts et Technologies Numériques sur l’université de Rennes 2. Au total donc déjà 14 lieux !!!

Quand seront-ils équipés ?

Pour le début de l’été 2014. Certains comme le Cercle Paul Bert Ginguené le sont déjà. Les animateurs de certains de ces espaces utilisent également déjà les cartes programmables arduino avec les habitants.

 Avec quel matériel ?

Le choix du matériel résulte de l’expérience acquise par le Labfab pendant deux ans au travers de plus de 40 ateliers maintenant.

– Des “starters kits arduino” de chez Snootlab. 5 starters kits par pôle multimédia ce qui permet de faire des ateliers pour 10 personnes dans chaque pôle (2 personnes par kit).

– Des kits “Littlebits” pour découvrir et fabriquer l’interactivité. Ces légos magnétiques haut de gamme ont été testés par la ville de Rennes et l’association Bug  auprès d’environ 100 élèves de CE2 à CM2 et sont vraiment très bien faits pour développer la création d’objets interactifs en découvrant la logique Energie-> Capteurs -> Sorties.

– 15 imprimantes 3D de trois modèles complémentaires et différents pour tester trois angles de médiation :

* 5 makerbot replicator 2X (fiche technique)

Ici on est sur le haut de gamme avec une imprimante américaine assemblée, double extrudeur, gestion de la carte SD. Mais aussi sur du matériel propriétaire fermé et la découverte sera surtout dans la modélisation et la création 3D.

Assemblée : oui
Points forts : qualité/double extrusion/carte SD
Points faibles : propriétaire-fermé/soft de pilotage “boîte noire”.

* 5 Reprap Asimov (proche Prusa i3-page wiki).

asimov

Créée à Brest par la startup Ipso Factio, elle-même fondée par des piliers du Tyfab de Brest,  cette imprimante est membre de la plus grande famille existante en terme de communauté, le projet reprap. Elle contient une carte électronique sans brevet également créée par nos amis brestois et crowfundée sur Kickstarter, la smoothieboard.  Elle est robuste, puissante, et livrée toute assemblée, mais pour l’améliorer, la modifier, il faudra apprendre à puiser et contribuer dans la communauté Reprap. Ce type d’imprimante incitera les personnes à découvrir le projet reprap et pour certaines d’entre elles  à se fabriquer leur imprimante à la maison. L’Asimov est également utilisée dans les fablabs de Brest, de Nantes et de Hué et permet facilement de faire comprendre l’anatomie d’une imprimante 3D cartésienne.

Assemblée : oui
Points forts : Famille reprap, améliorable et itérable, puissante. Open source hardware.
Points faibles : produit en béta et documentation en cours.

* 5 reprap Foldarap – (documentation).

Foldarap en position pliée.

Inventée par le français Emmanuel Gilloz, et connue dans le monde entier, cette petite imprimante 3D auto-réplicante est un vrai bijou difficile à se procurer. Il s’agit d’une imprimante 3D de petite taille mais pliable et transportable très aisément. Elle existe uniquement en kit et il faudra donc la monter avec les personnes volontaires… Une fois montée, la foldarap peut facilement être emmenée partout où il y a de l’électricité pour des animations mobiles dans le quartier. Il est aussi possible, grâce à son excellente documentation, de s’en fabriquer une à la maison.

Assemblée : Non
Points forts : nécessite un bootcamp (assemblage collaboratif). Silencieuse, légère, portable. Open source hardware.
Points faibles : plus petite surface d’impression.

Comment transformer tout cela ?

Il va s’agir de pouvoir partager les supports de cours et d’ateliers, la documentation des projets créés par les habitants, co-marquer les modèles 3D, voire utiliser un grenier de code-source. Le travail à commencé avec un prototype impressionnant d’extranet du Labfab développé par John Lejeune et qui va d’abord être testé sur le réseau local aux beaux-arts ce mois-ci. Il y a également un projet autour de Wiki Rennes mené par Julie chez Bug et Arthur Giguelay, et la possibilité d’utiliser de simples tags sur de grosses plateformes comme thingiverse pour rassembler les projets rennais.

Le portfolio du Labfab accueillera avec plaisir les projets pour les rendre visibles. A terme il est possible que la ville et ses habitants produisent sur des modes nouveaux des solutions qui seraient utilisables pour l’espace public, le logement, l’énergie, les transports, le handicap…

Mais  pour le moment, il s’agit surtout de faire découvrir méthodes et outils en laissant aux animateurs qui connaissent bien leur quartier et leurs publics la liberté de développer des usages adaptés, tout en leur proposant des outils fédérateurs que nous pouvons modifier ensemble.

Ce type de projet devrait également interpeler d’autres types de lieux de médiation et donc encore densifier le réseau potentiel constituant le Labfab étendu. Sans parler des autres territoires intéressés qui nous contactent déjà. Nous ne manquons pas d’idées pour le faire vivre ce territoire fablab, mais l’échelle de temps pour en cueillir les fruits est celle de la transmission des savoirs et de leur transformation en objets concrets et il faudra donc quelques mois pour voir les premiers résultats.

Pour les fondateurs du labfab
Hugues