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Des MOOCs en Afrique de l’Ouest

NDLR : Ce billet est extrait d’un post Facebook de Constance Garnier (avec son accord). Nous avons trouvé ce billet très inspirant alors il fallait qu’il se propage :

FabL’Aventures : La semaine passée, mon amour des FabLabs m’a amené à Dakar. Mais pourquoi ?

Baptiste Gautier (du LabFab de Rennes) et Denis Moalic m’ont invité à me joindre à eux pour que nous formions un trinôme de formateurs. Vous connaissez peut-être les MOOC de l’Institut Mines Telecom disponibles sur la plateforme FUN dont « S’initier à la fabrication numérique ». Depuis quelques mois ils en proposent/expérimentent une version « hybride » : au contenu en ligne s’ajoutent des temps d’atelier animés en présentiel dans des espaces de fabrication numérique. Par ailleurs, au cours du FabLab Festival 2017, ils ont animé une rencontre avec les représentants des FabLabs africains présents et ont posé les premières pierres de ce qui allait devenir ce programme d’une semaine.

L’enjeu de notre semaine à Dakar était de former 15 (actuels ou futur) FabManageurs africains francophones pour qu’ils encadrent/accueillent ce programme hybride de plusieurs semaines dans leurs FabLabs. La formation était financé par l’ambassade de France au Sénégal et accueillie dans les locaux de l’ESP Dakar. Plusieurs FabLabs existants étaient représentés : Defko Ak Niep et le FabLab de l’ESP pour ce qui est des Dakarois, Blolab (Bénin), Sahel FabLab (Mauritanie), Minodoo (Togo). Il y avait également des porteurs de projets de FabLabs, principalement dans des structures universitaires mais aussi dans le réseau des jokkolabs.

Chaque participant a donc à la fois suivit le premier module du MOOC,soit l’équivalent de 4 semaines de cours en ligne, et produit une station météo (altitude, humidité, température). Nous avons été confrontés à la problématique de l’accès aux ressources matérielles qui est commune aux Labs d’Afrique de l’ouest (tout au moins), aux différences des propriétés intrinsèques des matériaux disponibles (bois), ainsi qu’aux caprices d’internet et des plateformes informatiques. Mais, d’adaptation en adaptation, chacun a fini avec une station fonctionnelle.

Profitant d’un moment où la contrainte technique était majeure, nous avons pu rebondir sur un besoin/une envie visiblement largement partagée, et poser les bases de la création d’un réseau des FabLabs d’Afrique de l’Ouest. (Cela s’inscrivait aussi dans la lignée de leur atelier du FF17 sus-evoqué). Je suis très heureuse/honorée d’avoir pu contribuer à faciliter cette initiative et j’ai surtout hâte de voir comment cette dynamique va évoluer et prendre forme. Elle devrait répondre à des enjeux fondamentaux pour eux, notamment faciliter l’accès au matériel pour chacun des FabLabs membre et porter une voix commune sur certains sujets/dossiers.

Au-delà de ce projet qui a émergé dans la semaine, je me suis chargée de deux sujets : L’inscription des FabLabs dans une perspective historique, incluant les dynamiques actuelles et les possibles à venir. ET. Les business modèles des FabLabs, avec un accent mis sur les interactions entre FabLabs et entreprises et des études de cas autour des FabLabs présents.

Je dois dire que j’ai appris beaucoup pendant cette semaine au contact de tous les participants mais aussi en dehors de la formation !

  • J’ai pu visiter Defko Ak Niep, le FabLab de Kerthiossane, à l’émergence duquel Camille Bosqué avait précieusement contribué en 2014 ! (parole de fondateurs ! ;)), (On trouve assez aisément sa documentation en ligne et dans FabLab etc. !) En deux mots il a bien évolué depuis : a une communauté d’une cinquantaine de membres, soutien de nombreux projets dans Dakar et en milieu rural, accompagne les initiatives de création de FabLabs au Sénégal dans des structures universitaires ou indépendantes, et est aujourd’hui à un point charnière de son questionnement sur son modèle économique. Il est toujours mu par un souci d’action sociale, culturelle et mettant la question des communs au centre de la réflexion.
  • J’ai revu Maxime Eric Mendy qui était venu au FabLab Festival 2017 et qui a actuellement un projet de création de FabLab dans Dakar. On espère aussi le revoir cette année !!
  • Nous avons également revu avec plaisir Adrien Schwarz qui depuis le carrefour numérique est devenu attaché de coopération Innovation et économie du numérique à l’ambassade de France au Sénégal.
  • Mais j’ai aussi pu visiter les belles iles de Ngor et Gorée…: être éblouie, émerveillée, calme, faire des rencontres simples, rire… apprendre quelques mots de wolof (dieureudieuf Idriss Sall ;), manger du Tioff et des oursins pour la première fois !!
  • Dans un tout autre registre il y a eu pour moi des moments intenses de réflexion, d’apprentissage, de questionnements sur le passé colonialiste de mon pays et son/notre/mon attitude actuelle. – Notamment avec la visite de la maison des esclaves… fake ou pas c’était puissant – Cela a été renforcé par la concomitance de la visite d’Emmanuel Macron au Sénégal. Mes pensées à ces sujets continuent de mûrir… penser invite au voyage et le voyage invite à penser… pour ma part la réminiscence se trouve surtout ici.

Pourquoi ce projet de formation m’a plus ? Comme ça, rapido, en plus, gratos…

Depuis plusieurs années je trouve très intéressant le déploiement de nouveaux formats pédagogiques qui se créent via les outils numériques. Ce qui me plaît particulièrement c’est la tentative d’articuler le meilleur des différents formats : l’accessibilité et la liberté que permettent les contenus en ligne / sans renoncer à (et en l’occurrence en réintroduisant) la force de la matérialité, de la convivialité et du collectif que l’on trouve dans un espace de formation physique. (Particulièrement lorsqu’il s’agit de produire des objets).

C’est ce que nous avions également cherché à mettre en place lorsque je travaillais pour l’Université de Toulouse : l’enjeu était de faire collaborer autour de cours communs des étudiants issus de masters proposés dans des universités différentes (gestion de projet du numérique (UT2J) / droit du numérique (UT1)). Nous avions également opté pour un format hybride.

  • Des cours en ligne : auxquels ont contribués des enseignants chercheurs intervenants dans les masters concernés mais également extérieurs pour apporter une autre complémentarité (informatique et code assurés par des enseignants de l’Université Paul Sabatier et de l’ESPE).
  • De la formation technique assurée en présentielle par les FabManagers d’Artilect, FabLab Toulouse.
  • Des projets collectifs à organiser et mener de manière autonome par les étudiants.

Ces expérimentations en sont à leurs premiers pas, et comme tout jeune parent, je les trouve fascinants. Si vous avez des expériences en cours, à venir, achevées etc. du même ordre je serais ravie d’en parler/lire un peu… ici ou ailleurs – surtout à l’apéro, on ne se refait pas – et principalement pour le plaisir !

(La thèse est un arbre aux racines capricieuses, vivantes et parfois invasives, peut-être se fraieront-elles un chemin jusqu’à ces sujets… )

Un petit Album photo à venir.. 🙂

Bises parisiennes et enneigées!