Retour sur le FabCity Summit du 19 et 20 Juin 2019

Le LabFab et le mouvement FabCity

Depuis 2012, le LabFab rassemble des acteurs institutionnels, universitaires, économiques et associatifs qui s’investissent dans le domaine du numérique et de la fabrication numérique. Ce collectif, qui regroupe aujourd’hui 15 lieux de fabrication numérique derrière un même logo, permettent à tous de disposer et d’utiliser des machines telles que les découpeuses laser, les imprimantes 3D, des fraiseuses à commande numérique, etc

Surtout, au-delà des machines, l’ensemble de ce collectif développe des méthodes et compétences et les partage ouvertement. Par exemple, des partenariats sont reconduits depuis 4 ans avec des grands groupes et des institutions pour aborder leur transformation numérique très concrètement au-delà des produits et services prototyper. Quelle valeur est globalement produite sur le territoire ? On constate le développement de nouvelles activités, une prise de conscience environnementale et sociale sur l’impact du numérique et des actions très concrètes, peu couteuses sont mises en œuvre et restent trop modestement reprises. Maintenant, comment aller plus loin ?

Le mouvement FabCity :

Né au FabLab Barcelone sous l’impulsion de Tomas Diez, son fondateur, en 2014, le mouvement FabCity s’est depuis étendu au sein d’un réseau international de 34 villes, aujourd’hui, dont Rennes. FabCity se positionne comme un ThinkTank international dont l’objectif est de proposer un nouveau modèle urbain résilient s’appuyant sur l’inventivité et les ressources locales, par le prototypage de projets et l’essaimage des pratiques de construction de projets en pair à pair.

Cette démarche est structurée, de manière opérationnelle, en trois parties :

  • La fondation FabCity : en charge de la gouvernance et de la recherche de financement pour prototyper des projets sur les territoires ;
  • Le collectif FabCity : un groupe international de bénévoles, en charge de développer les outils économiques ou numériques (plateformes, business plan des projets, …) permettant de développer les projets de la FabCity
  • Les villes FabCity : un réseau de 34 villes, animant localement un collectif et des projets, dans une logique de ville résiliente à l’horizon 2054.

Le réseau FabCity intervient dans une dynamique de politiques publiques et d’ambitions transversales portant sur : l’économie circulaire, l’entrepreneuriat social et solidaire, l’innovation, la réintroduction d’unités de productions industrielles en ville, le développement d’outils participatifs permis par le numérique, les mobilités, l’énergie, l’alimentation, …L’objectif de FabCity est de produire localement, dans des villes et des citoyens connectés à l’échelle internationale (localy product in global cities).

La démarche recouvre alors 7 objectifs : 

  1. le développement d’une industrie locale s’appuyant sur le réseau local et global des fablabs, 
  2. la production d’une énergie locale, 
  3. la création de marchés locaux à travers des monnaies locales, 
  4. la production agricole locale basée sur les principes de la permaculture, 
  5. le développement d’un système éducatif basé sur le « learning by doing », 
  6. le soutien à une économie circulaire, 
  7. la collaboration entre les autorités et la société civile.

La rencontre FabCity Summit à Amsterdam :

Tous les ans, depuis 4 ans, se déroulent les “FabCity Summit”. Ce séminaire de rencontre et de travail  entre les villes et la fondation permettent de développer et de structurer le réseau international. Cette année, cet évènement avait lieu à Amsterdam, du 19 au 21 Juin dernier.

Cette année, Rennes Métropole a présenté son projet, afin de rentrer officiellement dans le réseau des FabCities.

Avec 15 LabFabs sur le territoire, et des projets innovants au niveau international (formations hybrides à la fabrication numérique dans un but de réinsertion des publics en situation de rupture avec l’emploi, prototypage ouvert entre des Makers et des universitaires sur le projet de Véhicule Open-Source, mise en place d’une plateforme de badges numériques des compétences, documentation sur un wiki territorial, …). La Métropole de Rennes a pu valoriser sa grande expérience dans le domaine de la fabrication numérique pour tracer une perspective vers un projet de territoire.

Jour 1 : Découverte des projets la FabCity Amsterdam

Cette première journée du FabCity Summit, a consisté en la visite et la découverte de projet en cours de réalisation dans le cadre de la FabCity Amsterdam, notamment autour du textile, de l’agriculture urbaine et de l’urbanisme.

  • Textile / Projet ReFlow

Présentation du projet européen ReFlow (dans le cadre de H2020) qui a pour but d’expérimenter la résilience des villes sur 7 thématiques, avec 7 villes, sur les 12 prochains mois :

  • Amsterdam et le textile ;
  • Berlin et la propriété publique ;
  • Milan et l’Agrofood ;
  • Paris et le bois ;
  • Vejle et le plastique ;
  • Cluj et l’habitation ;
  • Barcelone et l’électronique.

Le projet ReFlow, décliné sur le textile à Amsterdam, prend place dans le Waag, l’un des premiers FabLabs européens, et travaille notamment, autour de la création de nouveaux types de tissus et de teintures bio-sourcées (textiles “cuirs” à partir de mycelium, teintures à partir de bactéries, …), le tout, produit à Amsterdam.

  • Waag, le FabLab d’Amsterdam

Le Waag, un des plus vieux FabLabs d’Europe, accueille des workshops et des formations sur la fabrication numérique, ouverts à tous les Amsterdamois, dans un lieu historique de la ville.

Ce FabLab s’est aussi spécialisé autour des métiers du textile, et de la teinture, dans le cadre du projet européen ReFlow.

Le Waag accueille aussi des formations, comme la FabAcademy, formation longue durée du Massachussetts Institute of Technology et la FabFondation, permettant d’apprendre l’ensemble des rudiments de la fabrication numérique.

  • Mediamatic, un FabLab dédié aux plantes

Mediamatic est un FabLab spécialisé autour de la culture des plantes, permettant d’expérimenter des nouvelles méthodes d’agriculture urbaine, notamment par l’usage l’aquaponie. Ce FabLab cultive un ensemble de plantes, afin de permettre à tous d’enseigner la distillation des plantes, mais aussi d’expérimenter la distillation de nouveaux effluves, pour des usages très divers, de la restauration à l’art.

  • Schoon Schip, une expérimentation architecturale

Schoon Schip est un projet de création d’un quartier flottant à Amsterdam, à partir de conteneurs maritimes. Ce projet, initié en 2013, vise à expérimenter la construction d’un quartier pour 105 habitants, complètement autonome en énergie. Ce quartier, totalement résilient, est aussi évolutif : on peut envisager à terme, la construction de jardins flottants par exemple, suivant le souhait des habitants.

Les premières livraisons ont actuellement lieu, tandis que le quartier flottant continue d’être construit.

  • MX3D, l’utilisation des techniques de l’impression 3D pour construire des ponts.

Hébergé au sein d’un ancien bâtiment industriel sur le port d’Amsterdam, l’équipe de MX3D développe un projet d’impression 3D d’aliage métal, permettant d’imprimer des ponts. Un premier prototype a été réalisé dans les locaux industriels, tandis qu’un nouveau pont est actuellement en cours de construction.

Il devrait être installé au “Oudezijds Achterburgwal”, sur un des canaux d’Amsterdam.

  • Soirée du FabCity summit

La journée s’est terminée par la conférence des FabCities : après un mot d’introduction par Tomas Diez, et Elizabteh Corbin, présidente de la Fondation FabCity, la soirée s’est déroulée en deux temps, une table ronde réunissant quelques villes dont Barcelone et Sao Paulo, puis, ensuite, la présentation des différentes nouvelles FabCity : Hambourg, Plymouth, Sao Paulo, Recife, Yucatan et Rennes.

Jour 2 : Groupes de travail

La deuxième journée a été organisée autour de groupes de travail, ayant pour but de répondre collectivement aux problématiques actuelles du mouvement FabCity (gouvernance, transversalité, projets communs, …) :

  • Réflexion autour de la gouvernance : comment établir une gouvernance partagée, là, où, aujourd’hui, la gouvernance repose exclusivement sur le IaaC (école d’architecture de Barcelone). La fondation FabCity, en cours de lancement, et la constitution de trois collèges (Fondation FabCity, collectif de bénévoles FabCity et les FabCity) permettra de décentraliser cette gouvernance.
  • Implication et organisation de FAB16 Montréal : la Ville de Montréal et Communautique (le FabLab de Montréal) organisent, du 25 Juillet au 2 Aout 2020, la conférence internationale des FabLabs, FAB16, et le FabCity 2020. Ce moment sera l’occasion pour Communautique de travailler avec les universités de Montréal à la création d’un FabCampus, village présentant les projets de fabrication numérique.
  • Définition des futures grandes thématiques de travail pour les FabCity :
    • Mobilité,
    • Implication des citoyens,
    • Environnement,
    • Modèle économique,

Au-delà de ces groupes de travail, des échanges avec les différentes villes sont très enrichissants : Sao Paulo, par exemple, a construit le même schéma que Rennes, avec un FabLab distribué dans les quartiers, coordonnés par un agent de la collectivité de Sao Paulo. D’autres régions, comme La Région Auvergne Rhône-Alpes, se pose la question de la mise en place d’un modèle similaire.

Et demain … les perspectives pour Rennes :

La démarche internationale, encore jeune, reste à construire, et la LabFab étendu de Rennes est force de proposition, à l’échelle locale, comme à l’échelle internationale :

  • Le développement d’un partenariat avec l’Université Bretagne Ouest, porteur du projet FabCity Brest, afin de développer des projets croisés sur la fabrication numérique entre nos deux territoires ? Cette action a l’avantage de valoriser l’échelle régionale tout en s’appuyant sur un réseau très dense de FabLabs en Bretagne : c’est la région au monde avec la plus forte densité de fablabs par habitant !
  • Une coopération avec Montréal afin de préparer FAB16, sur des contributions concrètes, telles qu’un workshop en simultané, avant l’évènement, le déplacement d’une délégation rennaise lors de Fab16, ou encore, le développement d’un axe de collaboration autour de la francophonie dans le mouvement FabCity, dans la suite des rencontres francophones des FabLabs organisées à Rennes en 2013,  puis durant EuroCities (Rennes, 2016) ?
  • Le développement de projets en cours au sein du LabFab étendu (Precious plastics, OSV, les MooCs de la fabrication numérique) et leur valorisation auprès des villes partenaires du réseau international FabCity, dans une logique ouverte ?

Ces 3 pistes ne semblent pas trop complexes car dans la continuité des projets conduits et grâce à la forte coopération cultivée avec les acteurs concernés.

Des nouvelles perspectives sur le territoire, en dressant une cartographie des compétences des LabFabs qui permettra de développer les projets partenariaux sur le territoire, sur la thématique du textile, avec des ateliers de couture ou des designeurs, par exemple, sur la thématique de l’agriculture urbaine, en lien avec des associations, …